Chronique : Le Jeune Noir A L’épée – Abd Al Malik

3 avr

Le premier album que j’ai écouté cette semaine est l’œuvre d’un artiste dont le travail ne peut qu’être inspirant, Abd Al Malik. Mes yeux se portent sur ce jeune strasbourgeois d’origine congolaise né à Paris, à l’occasion de la promotion de son deuxième album Gibraltar dans l’émission On n’est pas couché le 20 janvier 2007. Tandis que l’invité Guillaume Peltier – alors porte-parole de la campagne présidentielle de Philippe de Villiers – se fait défenseur des idées identitaires de la droite conservatrice française, Abd Al Malik intervient et marque son profond désaccord : « La diversité n’est pas une tare, c’est un cadeau ».

Décoré officier de l’Ordre des Arts et des Lettres en 2017, il doit cette distinction à une carrière pour le moins imposante et variée, passant fréquemment du registre musical au domaine de la littérature. En 2014, il s’essaie même à l’adaptation cinématographique de son autobiographie Qu’Allah bénisse la France et obtient deux Césars : Meilleur premier film ainsi que Meilleur espoir masculin pour Marc Zinga, jeune acteur dont Abd Al Malik s’est attaché les services pour interpréter son rôle.

Accompagné d’un livre éponyme et dévoilé la semaine dernière, le projet Le Jeune Noir A l’Epée se présente sous un format assez court (9 titres) mais se révèle particulièrement riche. Comme s’il devait encore prouver une certaine cohérence dans son art, Abd Al Malik accompagne ce nouvel album du poème Bénédiction de Charles Baudelaire dont on peut entendre quelques vers récités à la fin de certains titres. Intéressant dans la mesure où ce texte présente le poète comme étant une personne différente, incomprise d’un peuple bien trop terre à terre pour un homme à la recherche d’un idéal.

Émotions fortes dès les premières secondes de l’écoute. L’intro présente les exclamations d’une foule vindicative qui demande depuis presque trois ans justice et réparation de l’Etat face à la mort d’Adama Traoré, jeune homme décédé sous les coups d’une bavure policière. « Considérer cette histoire comme si ce n’était rien, c’est grave pour la France, grave pour nos idéaux » avait-il déclaré lors d’une interview chez Konbini pour évoquer son incompréhension face à l’absence de clarté autour de cette affaire.

Très différentes, les thématiques abordées par Abd Al Malik reposent néanmoins sur trois piliers qui rythment ce nouvel opus : l’introspection, la tolérance ainsi que l’engagement. Ainsi, après un hommage rendu au pianiste Gérard Jouannest sur le titre Strasbourg qui replonge l’interprète dans ses souvenirs d’enfance, il se révèle très efficace en abordant le racisme de la manière suivante : « c’est comme si ma peau finissait jaunie à cause de mon gilet noir ».

Ecouter Abd Al Malik c’est aussi accepter la diversité assumée des influences musicales de l’interprète. Tandis que certains morceaux virent vers le slam et ses instrumentales minimalistes, d’autres titres dévoilent un univers bien plus ensoleillé et énergique, à l’image de To Be Or Not To Be construit sur une base afrobeat. Au final, l’album est une parfaite synthèse des genres musicaux dont il s’inspire et sur lesquels il invite à de nombreuses reprises des collaborateurs de longue date, la chanteuse Wallen (sa femme) ainsi que Matteo Falkone.

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