DJ Snake et sa Carte Blanche : 60 minutes pour raconter une vie

27 juil

6 septembre 2017. William Grighacine, alias DJ Snake, devient le tout premier artiste à se produire sur le toit de l’Arc de Triomphe. Au-delà de la simple présentation de son nouveau single A Different Way, cette performance s’inscrit dans le cadre d’une ambitieuse opération marketing en faveur de la ville de Paris comme candidate à l’accueil des Jeux Olympiques 2024.

Presque deux ans après ce concert privé et des centaines de shows aux quatre coins de la planète, le producteur français sort son second album intitulé Carte Blanche. Dix-sept titres, un casting cinq étoiles mêlant producteurs électroniques et stars du rap, des centaines de millions de vues sur Youtube… Mais avant tout une cover représentant l’une des quatre extrémités de l’Arc de Triomphe surplombée par un magnifique ciel bleu azur ; pochette unique tant elle dégage habileté, rêve et ambition. Tout était écrit.

Partir pour mieux revenir : une ascension chahutée mais confirmée

Une brève biographie de l’artiste s’impose à chaque auditeur souhaitant comprendre au plus profond ce que représente ce nouvel album dans la vie de DJ Snake. Né en région parisienne d’un père français et d’une mère algérienne, le jeune garçon s’intéresse très tôt à la production musicale et ses multiples heures passées chez les disquaires lui permettent d’étoffer une culture aussi bien bercée par le duo électro Cassius que par la légende Tupac Shakur. Particulièrement curieux et déterminé, il parvient à approcher ses idoles et sa rencontre avec DJ Cut Killer lui ouvre les portes de l’industrie musicale américaine. Dès lors, c’est un travail dans l’ombre des plus grandes stars internationales qui l’attend et DJ Snake réussit à placer régulièrement pour des artistes tels que Lady Gaga ou Big Sean. Néanmoins, la pression et le manque de respect qui font de ce monde un milieu ultra concurrentiel le poussent à rentrer en France et à revoir ses priorités.

Au pied du mur et très instable financièrement, il s’enferme pendant un été entier dans un studio à Boulogne-Billancourt et compose chaque jour pour alimenter son compte Soundcloud de morceaux très expérimentaux. Le tournant de sa vie survient lorsque Diplo (Major Lazer) décide de le prendre sous son aile et le signe sur son label Mad Decent. Cet élan de générosité permet la sortie des singles Turn Down For What et Lean On qui révèlent DJ Snake au monde entier. Le succès du jeune Français arrive même jusqu’aux oreilles de la Maison Blanche – en témoigne la vidéo dans laquelle Michelle Obama se prête au jeu d’une danse devenue virale. Le 5 août 2016, il dévoile son premier album Encore dans lequel on peut notamment retrouver Middle et Let Me Love You. Preuve de son succès incontesté et incontestable, de grands noms de la musique actuelle figurent sur ce premier projet, à l’image des apparitions de Justin Bieber, Skrillex ou encore Travis Scott.

Un univers affirmé et cohérent pour une œuvre haute en couleurs

Tout comme Intro A86 qui ouvrait son album précédent, le premier morceau de celui-ci est essentiel puisqu’il transporte vers un nouveau monde. Butterfly Effect comme entrée dans la vie de DJ Snake. Intéressant puisque l’effet papillon – selon les travaux du météorologue Edward Lorenz – désigne le phénomène par lequel de petites causes entrainent de grandes conséquences. Le parallèle se fait si l’on pense à sa rencontre avec le producteur Diplo, celle-ci ayant lancé une carrière bientôt couronnée de succès. De plus, l’expression Butterfly Effect fait l’objet du titre d’un morceau de Travis Scott présent sur son dernier album, le stratosphérique ASTROWORLD dont l’installation même d’un univers particulier tout au long du disque participe grandement à son succès d’estime.

La construction de l’intro est importante à analyser puisqu’elle propose un concentré des différentes facettes de la musique de DJ Snake. Pour commencer, les premières secondes offrent un son que l’on peine à définir mais qui se révêlent être des gouttes de pluie tombant sur les sols humides d’automne. Un bruit sourd apparait pour enfin laisser place à une mélodie bien plus ensoleillée, comme si cette dernière laissait sur le carreau un monde monotone et peu enviable. Progressivement, la mélodie se trouve enrichie par quelques détonations euphoriques se mêlant à des voix étouffées. Enfin, la construction du morceau est telle que le drop se transforme en une explosion trap, alliant de fait influences hip-hop et électro.

Ecouter DJ Snake, c’est donc accepter une grande diversité d’influences et de sonorités. Le côté électronique et industriel de sa musique est contenu dans des tracks comme Southside ou Quiet Storm dans lesquelles dubstep et voix agressives se complètent pour un rendu très offensif et peu accessible. Toutefois, on observe fréquemment quelques plages de sonorités calmes à l’intérieur de ces mêmes titres, preuve que l’artiste se plait au mélange des genres. Le disque fait également une belle place aux ballades ensoleillées et décontractées lors desquelles les paroles traitent essentiellement de relations amoureuses : Recognize en featuring avec Majid Jordan, No More avec ZHU…

Outre l’apparition du rappeur américain Tyga sur le disque, l’ADN hip-hop se vérifie sur le banger Enzo où Offset, 21 Savage et Gucci Mane accompagnent Sheck Wes (au refrain très énergique) pour délivrer une superbe performance et sublimer l’instrumental. On se rappelle que ces mêmes artistes étaient les invités de Metro Boomin sur le tonitruant Ric Flair Drip. Pour finir, DJ Snake réalise de nombreux hits planétaires grâce à ses morceaux aux inspirations latines, et c’est ainsi que l’on retrouve Loco Contigo avec la superstar latino J Balvin ou encore Taki Taki avec Ozuna, Cardi B et Selena Gomez.

Un rôle de porte-drapeau français parfaitement en phase avec sa personnalité

A l’heure où certains fans attendent une première collaboration entre DJ Snake et un rappeur français, il faut rappeler que l’artiste n’est pas du genre à oublier ses origines, d’où il vient et ce qui l’a entouré dans sa jeunesse. L’Arc de Triomphe comme cover de son nouvel album en est la preuve : DJ Snake veut installer définitivement la France sur la carte. Il se place dans la lignée de ses idoles (Bob Sinclar, Laurent Garnier sans oublier Daft Punk) ayant exporté la musique française dans le monde entier, et se considère lui-même comme un « soldat au service de la France » selon ses dires lors d’une interview chez Konbini.

Très logiquement, cet album transpire cette ambition qui anime le travail de DJ Snake. Le morceau Frequency 75 en est le parfait exemple puisqu’il concentre une référence à Paris dans son titre et des influences house/techno rappelant les heures glorieuses de la French Touch, mouvement ayant révolutionné la musique électronique au début des années 2000. Le choix des titres est très éloquent et illustre la détermination de l’artiste à représenter au mieux son pays, en témoignent Paris et Made In France. Ce dernier morceau – aux accents bass house et techno – vaut le détour puisqu’il s’y entoure du collectif Pardon My French, composé de trois artistes en développement : Malaa, Mercer et Tchami. DJ Snake en est le parrain et par cette initiative, il souhaite réunir les différents producteurs français peu exposés à l’international pour qu’ils évoluent et grandissent main dans la main.

La mise en avant de jeunes talents comme nouvel objectif

DJ Cut Killer et Diplo ont aidé DJ Snake à faire carrière, DJ Snake aidera les nouveaux artistes de la même manière. Cet objectif se ressent dans ses collaborations puisqu’on y retrouve de nombreux jeunes presque inconnus. Pour faciliter cette entreprise, le label Première Classe – du même nom que le label rap créé en 1998 par Neg’Marrons et Pit Baccardi – a ouvert au printemps 2018 et constitue une plateforme d’accueil au service des producteurs français. Depuis son ouverture, il a accueilli pas moins d’une quinzaine de morceaux, notamment sa collaboration avec Plastic Toy intitulée Try Me.

Mesurer la bienveillance de DJ Snake, c’est prendre entre autres connaissance de la bromance née entre William Grighacine et le rappeur albanais GASHI. Alors que ce dernier peinait à se faire une place dans le milieu, DJ Snake n’a pas hésité à croire en lui et l’a fait apparaitre deux fois sur Encore, son premier album. Il pose donc notamment un couplet sur le titre Oh Me Oh My dans lequel on retrouve les superstars de Migos accompagnées de Travis Scott. Un véritable accélérateur la carrière de GASHI. Et deux ans plus tard, c’est sur Creep On Me que le producteur français invite son ami à partager un morceau avec French Montana.

Comme un symbole, c’est sur l’outro Paris de cet album que GASHI pose sa voix pour un titre particulièrement touchant tant l’amour qu’il rend à DJ Snake est sincère et sans filtre. Il y raconte ses difficultés à se faire un nom dans l’industrie musicale – très peu de personnes croyaient en lui – mais aussi sa joie quant à la vie qu’il mène aujourd’hui  lorsqu’il chante “I can’t believe I woke up in Paris”.

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